dimanche 4 mai 2008

De l'émergence à la concrétisation

Juin 2007, nous sommes attablés sur le patio de mon papa à savourer en famille une délicieuse raclette et plusieurs litre d'alcool. Mon papou et sa copine sont de bons vivants qui aiment particulièrement recevoir, être entourés de gens et profiter des plaisirs de la vie, ici la bonne bouffe et le bon vin.

Mon père a habité à Kuujjuaq pendant près d'une décennie et aime rappeler le temps où était dans le Nord. Amateur de plein-air, de chasse, de pêche et de motoneige, il était servi. Ses meilleurs amis, maintenant ses frères, sont tous des Inuit.

Tout au long de mon enfance, j'ai été bercée par les récits de la vie dans le Nord, le Grand. Mon Nord à moi, le Nord d'origine de mon père, les Laurentides, semblait maintenant bien petit, bien chaud, bien tropical. Je n'étais pas à l'âge de vouloir aller explorer les banquises, nettement plus préoccupée par mon look et le rôle que j'occupais après de mon cercle d'amis/es. Par contre, sans me l'avouer, j'étais attirée par ce Nord.

Entre un toast, un peu de sauce miel-cari et la salade de coriandre de ma belle-mère, les sujets de conversations fusent de partout, engendrant fous rires, discussions intenses et conflits d'opinions. J'aime ces soupers avec mon père et le reste de ma famille, ils nous rapprochent et nous saoûlent!

"Vous pourriez aller enseigner dans le Nord!"

En effet, qu'on se dit, mon amour et moi. On pourrait.

"Es-tu game?" qu'il me demande.
"Je suis game".

Empreints de tout la gameté du monde, on demande des informations à mon papa et on entamme les procédures.

Les applications doivent être envoyées à la Comission scolaire Kativik basée à Ville St-Laurent avant le 1er février. Voulant partir ensemble et donc, vivre la même espérience, dans le MÊME VILLAGE, nous envoyons nos curriculum vitae ensemble, signons notre lettre de motivation ensemble et allons pratiquement poster le tout en se tenant la main.

Nous sommes contactés par courrier, nous demandant de prendre un rendez-vous d'entrevue dans la première semaine de mars. Ce que nous faisons. Nous avons une entrevue à la même heure le mercredi 9 mars.

L'entrevue se déroule bien. On nous dit que les réponses n'arriveront pas avant au moins un mois, afin qu'ils étudient toutes les candidatures et accomplissent toutes les procédures administratives bien connues des commissions scolaires.

Quatre jours plus tard, on nous offre un emploi dans un petit village au nord-ouest de Kuujjuaq, Tasiujaq.

La nouvelle a l'effet d'une bombe dans le 3½. De mon côté, c'est l'euphorie. De l'autre côté, c'est la consternation. Je crois qu'il ne s'attendait pas à ce qu'on se fasse contacter aussi vite et la situation a tout pour l'ébranler. Son processus psychologique n'étant pas complété, il ne peut se réjouir de la bonne nouvelle.

Après réflexion, poutine, questions et discussion, on conclut que la meilleure décision est de se jeter dans le vide.

Le 11 août prochain, j'aurai les 2 pieds à Tasiujaq et je serai en train de planifier mon année scolaire d'enseignante en éducation physique, de 3e année du primaire à la 5e année du secondaire, mi-temps en français et l'autre mi en anglais.

Let the show begin!

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